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La France Insoumise de Thomas Gunénolé

LireThomas Guénolé sur Le Comptoir

La France insoumise avale des hosties avec Thomas Guénolé, co-saint patron de son école pour militants

M. Guénolé, après tant d’autres, inflige à son lecteur une manière de critique économique de l’économie. Il brandit sa tapette à mouches comme d’autres une arme de dissuasion massive, et son ton viril pourrait laisser penser qu’il croit tout ce qu’il dit. Mais peu importe en définitive, puisqu’il dit le plus souvent n’importe quoi.

« Toujours est-il qu’aujourd’hui l’Église médiatique est globalement univoque dans sa récitation du catéchisme de l’Antisocial. »

      La parade de son inconsistance intellectuelle commence par une homélie relative aux médias. Ses considérations seraient plutôt sympathiques tant elles expriment ce que chacun peut aujourd’hui aisément constater, à savoir que nombre de journalistes ont la déplorable manie de chanter ad libitum la chanson des financiers qui les paient. Malheureusement, M. Guénolé omet d’évoquer le rôle qu’il joue lui-même dans des simulacres de débats télévisés, ainsi que les performances de ses proches dans d’édifiants spectacles : la mutine Raquel Garrido qui prostitue son absence de talent chez le sinistre Bolloré ; son mari, le tue-l’amour Corbière, qui transpire à l’écran un ineffable ennui et une radicale absence de conviction; ou leur chef, Mélenchon, l’européiste maastrichien, muni de ses seules turlupinades racoleuses et de provocations à deux balles. Il suffit pourtant d’un peu de jugeote pour éviter de mettre les pieds dans des lieux médiatiques si mal fréquentés et dont la mauvaise odeur vous incommode…

     Suit un roulement de tambour fracassant. M. Guénolé s’attaque à cet abîme d’iniquité qu’est le monde marchand en prenant un risque démesuré : il se lance bille en tête dans l’apologie des fondateurs du libéralisme, soit du mouvement qui a théorisé l’avènement du capitalisme « moderne ». Comprenne qui pourra, mais il est manifeste que M. Guénolé admire profondément ce qu’il combat superficiellement. Il est vrai que ses audaces ne s’embarrassent pas plus de nuances que de contradictions, puisqu’il identifie benoitement libéralisme économique et liberté politique, de la même façon qu’on va le voir assimiler exigence de justice sociale et sentimentalité vide de tout contenu.

     Sa sanctification d’Adam Smith (1723-1790, prêtre anglican, philosophe et économiste écossais) est aussi éclairante qu’elle est atterrante.

« Autrement dit, Adam Smith est un énième cas de grand intellectuel dont la pensée est caricaturée, déformée, au point de lui prêter des positions contraires aux siennes. Cela vient de ce grand fléau du débat d’idées : la vaste majorité des gens qui citent des auteurs ne les ont en réalité pas lus. »

     En extrayant d’un ouvrage méconnu de Smith, Théorie des sentiments moraux (1759), l’idée que « Tout homme devrait être guidé par la morale et l’altruisme », M. Guénolé soutient implicitement et sans rire que les vilains patrons devraient être plus gentils avec les ouvriers ! Cette illumination conceptuelle donne la pleine mesure de l’angélique faux-culterie de M. Guénolé. Son résidu d’analyse, qui s’inscrit dans l’univers cornélien du devoir, n’a que faire de la réalité quotidienne vécue par la population, ni de ce qu’il est réellement possible aux patrons de faire dans le monde concurrentiel qui est le leur. Saint Guénolé nous fait ainsi l’aumône de sa lecture préromantique d’une littérature tout à la fois sournoise et cynique, enrobée d’une sauce moralisatrice soutenant que les hommes sont attirés les uns vers les autres par sympathie. Farceur !

    Mais M. Guénolé ne lit que d’un œil, ou sans ses lunettes, les classiques qu’il respecte tant. Il ignore en effet – ou oublie – ou scotomise – le fait que, selon la démarche « naturaliste » du libéralisme des origines, la justice sociale est incongrue et n’a pas lieu d’être : c’est une fatalité « naturelle » qui justifie la « loi d’assistance aux pauvres » (Old Poor Law), car le « miséreux n’est pas seulement une victime qui mérite la charité de cœurs chrétiens ; c’est aussi un marginal dangereux pour l’ordre social ». ’Encyclopaedia universalis.

    La lecture que fait M. Guénolé d’Adam Smith est aussi partielle et partiale qu’elle est fantaisiste. Dans un élan de lucidité auquel il ne nous a pas préparés, il extrait par exemple des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, paru en 1776, une formule on ne peut plus concrète : « Les maîtres sont en tout temps et partout dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. » Mais ce disant, il ignore ou semble ingénument ignorer (à moins qu’il ne parte du principe que son public n’est intellectuellement pas digne d’être renseigné sur ce fait) qu’elle est en fait tirée du livre de Richard Cantillon *, Essai sur la nature du commerce en général, publié en 1755 à titre posthume. C’est pourtant à partir de cette lecture que Smith a construit son argumentation du « prix naturel ».

     Au total, ce que l’argumentation paralogique de M. Guénolé trahit en clair, c’est en tout et pour tout l’indigence du formatage scolaire dont il est le produit. C’est bien beau de détenir la connaissance de certains faits ; encore faut-il savoir qu’en faire.

     « Le libéralisme originel est apparu dans le contexte des sociétés d’Ancien Régime tardif. Contre un ordre social oligarchique essentiellement fondé sur le pouvoir arbitraire, la stratification en castes, les corporations, et la rente foncière, il propose une société fondée sur la liberté politique et économique de l’individu, rendue possible par des droits et libertés individuels inviolables, en particulier le droit à la propriété et le droit à un procès équitable ; par la séparation des pouvoirs et leur contrôle par des contre-pouvoirs ; par la libre concurrence entre initiatives privées ; ou encore par le rôle pour l’État d’arbitre, mais aussi de fournisseur de grands services publics, idée qu’on trouve aussi bien chez Smith que chez Léon Walras, le théoricien des bienfaits de la concurrence pure et parfaite ! Par conséquent, invoquer l’étendard du libéralisme pour défendre l’Antisocial, projet politique qui a pour but la résurrection d’un ordre social oligarchique, c’est une usurpation intellectuelle pure et simple. Les partisans de l’Antisocial ne sont pas des “néolibéraux” : ce sont des oligarchistes, voilà tout. »

     Mais ce n’est pas tout : quand M. Guénolé affirme que le libéralisme originel s’est défini en opposition aux catégories délétères de l’Ancien Régime et en proposant « la liberté politique et économique de l’individu », il ne semble pas conscient que les valeurs qu’il prône sont exactement les valeurs constitutives du capitalisme le plus sauvage qu’il fait mine de conspuer, celles-là mêmes qui magnifient l’esprit mercantile individualiste le plus pur, le plus étranger à d’authentiques rapports communautaires, le plus « macronien » en définitive, le tout emballé dans ce foutage de gueule qu’est la « liberté politique » en régime capitaliste. Pourquoi nous prive-t-il d’un cantique sur son amour du travail ?

« Dans La Richesse des nations, Adam Smith a écrit, pour les en blâmer, que « les maîtres sont en tout temps et partout dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. » Dans sa Théorie des sentiments moraux, il juge que l’altruisme doit guider tout homme. »

     Sur l’irrésistible lancée déclenchée par sa lecture d’Adam Smith, M. Guénolé ne répugne pas à « penser » le capitalisme en termes de morale publique. Il voit de la morale lénifiante partout, du capitalisme dévastateur nulle part. Les effets désastreux de la domination de l’économie, leur impact irréversiblement destructeur sur la nature comme sur l’humanité, ne sont pour lui que des dommages collatéraux dont sont responsables les mauvaises manières des patrons. Et l’inflexibilité sociale de l’économie ne saurait en aucune façon être une affaire de structure. Ainsi dédouane-t-il le système mercantile de sa nature profonde et constitutive. Le dysfonctionnement généralisé ne nécessitera que des retouches de détail. Pour ce faire, il suffira sans doute que M. Guénolé et ses amis soient aux manettes. Amen.

     M. Guénolé va même jusqu’à oser une critique de notre Jupiter d’opérette national. Rassurons-nous : elle est tout à fait oiseuse. M. Guénolé l’avoue : il passe son temps à accumuler « les exemples concrets de mesures d’Emmanuel Macron qui sont incontestablement de droite ». Et pourquoi n’empile-t-il pas des exemples prouvant que la pluie mouille ou que le vent souffle ? Mais M. Guénolé ne vit sans doute pas de l’air du temps : qui donc finance pareil activisme ?

 « Pour tarir les crises migratoires, il faut remplacer la guerre économique permanente par un commerce international équitable, et remplacer le pillage des pays pauvres par le codéveloppement durable. Ce ne sont pas des utopies : c’est affaire de volonté politique. »

     Son « analyse » des problèmes migratoires, à base de « i-faut »-« y a qu’à », est d’une candeur troublante : « Pour tarir les crises migratoires, il faut remplacer la guerre économique permanente par un commerce international équitable, et remplacer le pillage des pays pauvres par le codéveloppement durable. » La guerre économique permanente est la base même du commerce, qu’il soit national ou international ! L’idée d’un « commerce international équitable » est totalement paralogique ; l’attelage « commerce » + « équitable » est d’une confondante ineptie : le commerce suppose la concurrence, et cette dernière exclut toute équité. Les lois économiques impliquent de faire deux euros à partir d’un seul. M. Guénolé ne se demande apparemment pas sur le dos de qui le doux commerce va réaliser « équitablement »  cette plus-value?

     Quant à la formule magique où M. Guénolé propose de remplacer le pillage des pays pauvres par du « codéveloppement durable », que signifie-t-elle ? Les bourgeoisies locales du tiers-monde vont-elles pouvoir se défroquer de leurs malséants uniformes de gardes-chiourme surveillant le pillage effréné de leurs pays au bénéfice des État colonisateurs ? Vont-elles avoir accès au statut de capitalistes convenablement modernisés, c’est-à-dire pouvoir faire ce qu’elles font déjà, mais avec un poil de crédibilité supplémentaire : jouer les utilités dans le concert des nations commercialisées ? Va-t-on ripoliner les esclaves des continents sous-développés en salariés en voie de développement ? Flexibilité des mots, vacuité des concepts … En définitive, M. Guénolé pourrait ici se contenter d’affirmer, comme Tancrède dans Le Guépard de Lampedusa : « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change. » Cela suffirait amplement.

« […] quand je prends des macronistes en flagrant délit d’usurpation du champ lexical du “progrès” […]

     Mais pour finir en apothéose, c’est avec la notion de « progrès », qu’il revendique comme une notion de « gauche » (la vraie « gauche », la sienne), que M. Guénolé se satellise sur l’orbite d’une vacuité critique réellement transcendante. M. Guénolé évolue avec joie dans le déni de réalité : il aime le « progrès », c’est-à-dire qu’il croit aux vertus eschatologiques de la technicité industrielle qui nous mène à vive allure droit dans le mur. Il est à craindre pour lui qu’il en crève aussi vite que ceux qui ne l’aiment pas.

    Proposons-lui cette épitaphe : Thomas Guénolé, homme de son temps.


(*) Richard Cantillon (1680-1734), financier et économiste d’origine irlandaise ayant fait fortune en France grâce au système de John Law.

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