Plan cancer

Réponse écrite

Daniel Adam_2012

Daniel ADAM
Militant libertaire des droits de l’Homme
Economiste, philosophe et juriste.


CANCER  : une simple maladie ?

    A l’injonction, «  personne n'est à l'abri du cancer. Et si demain, c'était le vôtre ? », je réponds en philosophe, en adoptant une pensée du complexe, c’est-à-dire en dépassant le réductionnisme et l’holisme (1). Cette pensée devrait être le propre de tout discours social en politique.

    Se battre contre cette saloperie de maladie, c'est d'abord la connaître ! Que savons-nous actuellement ? La connaissance sur ce sujet devrait être un arbre de savoirs et de pratiques partagés.

     Nous avons au moins trois sources pour expliquer un cancer : l'environnement, le virus et le gêne. Ces trois facteurs (ou faits générateurs) provoquent un prolifération anarchique des cellules cancéreuses, par mutation génétique. C'est dans ce cadre que nous définissons la recherche fondamentale qui axée sur la biologie du cancer.

    Cette recherche "photographie" à un moment donné l'évolution métastasique des tumeurs cancéreuses. La seule certitude actuelle, qu'un cancer soit provoqué par un gène, un virus ou l'environnement, et que "tout se passe" au niveau du métabolisme cellulaire et donc en différenciant "petites cellules" et "grosses cellules". Les premières métastasent très rapidement, pas les secondes. Une cellule saine brûle son carburant (le glucose) avec de l'oxygène pour produire de l'énergie électrique. Une cellule cancéreuse se comporte comme si elle était privée d'oxygène : elle FERMENTE parce qu'elle ne brûle pas (pour raison environnementale, génétique ou virale) tout le sucre qu'elle capte. La centrale au sein d'une cellule qui est chargée de brûler le glucose est la mitochondrie. Dans le cancer, cette mitochondrie dysfonctionne ou disparaît.

    Depuis 2015, le Plan cancer 2014-2019 comporte un financement spécifique en soutenant le programme de l'International Cancer Genome Consortium (ICGC), plus particulièrement le séquençage complet du génome de trois tumeurs pédiatriques (Rétinoblastome et sarcome d’Ewing, léiomyosarcomes ). Le séquençage de tumeurs cérébrales est pris en charge par l’ Allemagne et le Canada.

    En 2014, je me suis opposé à la fermeture de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), uniquement sur le fait que les traitements y étaient individualisés par rapport aux protocoles standardisés du plan Cancer. J’ai une compréhension « totale » de la médecine, parce que l’être humain malade, qu’il soit enfant ou adulte, est toujours atteint dans la totalité de son vécu pathologique. Aussi, nos médecins doivent être formés prioritairement à la clinique et non plus à la simples prescription déductive.

     Il n’existe pas d’examen clinique, c’est-à-dire initial, différentiel et évolutif, sans l’obligatoire recherche qui doit lui être associé. Dans le cas des cancers , la recherche est autant clinique que fondamentale, translationnelle ou encore relevant des sciences humaines et sociales, de l'épidémiologie et de la santé publique (SHS-E-SP). Un fonds spécial ne doit donc pas se créer uniquement pour la recherche fondamentale.

     J'argumente cette position par la recherche sur l’hypothèse métabolique, qui date de 1920, et qui est autant clinique que métabolique. Elle est actuellement reprise par Laurent Schwartz, cancérologue à l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. Il s’agit d’affamer les cellules, par un régime alimentaire contraignant, en les privant de sucres et de féculents, donc en absorbant beaucoup de produits gras et quelques protéines. Comme la fermentation provoque une acidification et donc une augmentation du pH intracellulaire, le "régime métabolique" va normaliser ce dernier. Mais, il ne peut intervenir qu'en conjonction d'une chimiothérapie !

    Mais sans oublier, son corollaire financier  que représente l’industrie pharmaceutique, dont le problème se trouve dans la nature de notre système économique, qui n'a aucune moralité. Tant que les médicaments seront source de profit, le vieil antagonisme entre valeur d'usage et valeur d'échange demeurera. Et continuera à échapper au contrôle de la société dans son ensemble, ainsi qu'à celui des premiers concernés : les malades, c'est-à-dire le peuple. Aussi, devons-nous utiliser la procédure de la " licence d'office " (Code de la propriété intellectuelle) chaque fois que l'intérêt de la santé publique l'exigera, dès lors que les médicaments brevetés seront anormalement élevés, comme actuellement dans certains traitements du cancer. Alors oui, nous pourrons financer toutes les recherches, après une stricte évaluation des besoins, car la santé n’a pas de prix, combien même les néolibéraux affirment qu’elle a un coût.

Retour donc à la case départ pour réécrire le plan Cancer, car il est l'affaire de tous, et non pas celui des seuls chercheurs.

1 - Le réductionnisme et le holisme sont deux attitudes scientifiques, qui concernent également les sciences dites humaines.

On retrouve des démarches réductionnistes chez les économistes ou les politiciens qui réduisent toute la société aux décisions de l'individu « égoïste » qui cherche à optimiser sa situation. Et des démarches holistes chez ceux (quelques fois les mêmes à d'autres moments) qui voient dans la main invisible du marché le recours infaillible à tous les problèmes de la société.

La dialectique matérialiste, à ne pas confondre avec une idéologie, permet de penser la société, en termes de transformations, de rapports, de contradictions. Elle s'intéresse aux interactions entre le tout et ses parties, comme à celles du tout et des parties avec leur environnement. Donc, une science du complexe (dialectique matérialiste) englobe le réductionnisme et l'holisme pour les dépasser, transformant leur opposition en une contradiction dialectique. 


- Les réductionnistes privilégient l'analyse en parties de plus en plus petites qu'ils considèrent comme nécessaire et suffisante pour reconstituer la réalité.

- Les holistes refusent cette approche car pour eux "le tout est plus que la somme des parties", ce dont ils déduisent que l'étude des parties n'apprend rien du tout.